Cliquez sur les photos pour les agrandir.

                

Uke Gérard GARDET. Photo Sabine FERRERO.
Uke Gérard GARDET. Photo Sabine FERRERO.

Sur le sens de la pratique.

                                                 Aux pratiquants de l’Aïki Dojo.                                                                                               Septembre 1998.

 

          L’Aïkido, à travers la pratique martiale, est une voie traditionnelle. Les techniques, au-delà de leur réalisme, au-delà de l’efficacité, sont les outils que nous a légués le fondateur, Maître Ueshiba, pour réaliser l’union du corps, du cœur et de l’esprit et, par là même, l’union avec l’univers dont peut découler la paix entre les hommes.

 

          L’essence de keiko, de la quête authentique de la voie, est plus dans l’attitude que dans la performance; plus dans le respect de l’enseignement originel et de la tradition que dans le souci des apparences; dans l’humilité plus que dans l’autosatisfaction; et donc dans le travail, non dans le discours, surtout sur le tatami.

 

          La recherche, le respect de l’ordre universel et son application à tous les actes de la vie quotidienne, c’est reigi-zaho. Cela se traduit au Dojo par l’étiquette, le cérémonial, les saluts et le respect des consignes, l’attitude correcte de chacun, la ponctualité, la recherche permanente de la perfection. C’est aussi la recherche permanente de sa juste place, le respect des autres, du lieu et des choses, le nettoyage, le balayage toujours recommencés (qui aident à être propre en soi-même), le respect des kohaï (les nouveaux) pour les sempaï (les anciens) et des sempaï pour les kohaï, le respect de tous pour l’enseignant qui doit s’efforcer de n’être qu’un canal de transmission de la discipline.

 

          A l’origine, pour les Samouraï, l’étiquette était vitale, le moindre semblant de geste déplacé pouvait coûter la vie à l’instant même; au Dojo elle servait aussi, et encore de nos jours, à éviter le débordement des instincts agressifs et de la violence lors de l’entraînement. Au-delà de ce rôle modérateur reigi-zaho est aussi, pour nous aujourd’hui, la condition même de la survie: celle du monde, des Etats, de la société dans son environnement, de l’homme entre ciel et terre.

 

          Trouver sa juste place, c’est se connaître soi-même. Si chacun fait la paix avec lui-même, et en lui-même, sa famille sera paisible, alors aussi son village, puis sa région, son pays, les Etats et le monde, selon l’ordre naturel des choses.

 

          Et tout se rejoint dans l’Aïkido. O’ Senseï disait: «Le Misogi du grand Aïki doit être atteint et achevé. Il faut joyeusement exercer son âme. Vous qui avez du cœur, écoutez s’il vous plait la voix de l’Aïki! Il ne s’agit pas de corriger les hommes, mais de corriger son propre cœur, c’est cela l’Aïkido. C’est l’ordre que vous donne l’Aïkido et il faut que vous en veniez à vous le donner vous-même».

 

          Aïki, c’est s’unir avec le ki du ciel et de la terre. Misogi, c’est la purification. Le véritable keiko, la vraie pratique, nous permettront par l’entraînement de purifier le corps afin qu’il soit notre allié, souple et énergique, de purifier le cœur pour que le sentiment juste émerge de l’émotion transcendée, de purifier l’esprit pour échapper aux illusions du mental et à la prison de l’égo. Alors nous pourrons retrouver notre unité originelle et devenir UN avec la nature.

 

          La force d’union, la force de paix, c’est le ki; il anime et noue tout dans l’univers. La force qui attire l’une vers l’autre toutes les oppositions, c’est l’amour universel dont parlent Morihei Ueshiba et les grandes traditions. O’Senseï nous a laissé un fabuleux cadeau. Pratiquons ses kihon avec rigueur et précision. Que le kiaï, le cri de nos ventres, unifie le geste de nos corps et de nos esprits! Respectons ses techniques et l’étiquette comme de merveilleux trésors, habitons tout cela de notre cœur et nous en découvrirons petit à petit l’infinie richesse.

 

Avec tous les remerciements de votre professeur,

Jean-Luc Boisseau.